DEVOREUSE

 

Didier FEDOU

 

 

 

 

DEVOREUSE

 

 

 

« Ils se tassent contre les parois, tandis que la grosse larve lève la tête, ouvre la bouche, renifle en ronflant, grommelle dans sa morve et siffle de petits cris aigus. Puis, avec de lourdes reptations, elle glisse et ondule, serpente vers la sortie du repaire, pour gravir la pente et sortir. Juste avant de basculer par le bord de l'ouverture, la pluie la trempe et nettoie la terre de sa peau épaisse. Son épiderme est blanchâtre, un peu translucide, évoquant la peau d'un cadavre de noyé, gorgé d'eau croupie. Un épais mucus, le vernix de l'enfer, gonfle sous l'averse en une gélatine brillante, et Dévoreuse sort.
Après le moment de stupeur et de dégoût, Roland s'empare de son couteau qui gisait dans la boue et se jette dans le conduit, rampe vers l'extérieur et les autres suivent par réflexe, c'est Roland le chef, sans même s'en rendre compte. S'extirpant du trou, frappés par la pluie et le vent, ils glissent le long de la pente de la colline, suivent la piste gluante laissée par la créature larvaire et la retrouvent quelques mètres plus loin. Dévoreuse. Roland lève son couteau comme un poignard en rugissant.
– Qu'est ce que tu fais ? s'inquiète Delphine.
Le visage dur, le sang de son nez blessé délavé par la pluie qui dessine un masque de guerre dégoulinant, il court vers la larve. Celle-ci enfonce la tête dans la boue, se tortille et bat des membres pour s'enfouir, s'enterrer. Le poing de Roland s'abat, lame en avant, le coup d'épée d'un chevalier en devenir, qui aurait ainsi pu mettre immédiatement fin à la terreur, mais déjà la bête a percé un tunnel et a disparu sous l'humus, sous l'argile grasse, et au-delà. Le canif se plante en vain, le poing serré gicle dans la glaise. C'est raté.
Roland se redresse, puis retombe sur les genoux, devant le trou qui se comble au fur et à mesure d'eau et de terre. Ses amis le rejoignent.
– C'est parti, dit-il du même ton que s'il avait perdu une bataille.
– C'était quoi ? fait Michel.
Pas de réponse.
– Roland ?
– Je sais pas... »

Une nuit de tempête, les quatre gosses se réunissent dans leur refuge. Ils subissent depuis bien longtemps des traumatismes trop graves pour eux : enfance battue, racket, deuil, pédophilie... Le sel de leurs larmes, le sang de leurs blessures, la terre sous laquelle ils se cachent et les éclats de foudre, ce n'est pas une nuit comme les autres. Ensemble, ils invoquent un égrégore, l'esprit de vengeance : Dévoreuse.
Ainsi est rendue justice, ainsi vengeance est faite, mais la créature ne fait rien pour rien, elle leur a offert la vengeance, rendu la liberté, elle exige maintenant son dû, et à chacun d'eux la même créance : ta vie, ou ce qui t'es le plus cher...

Une traque, une chasse, sans pitié, sans répit. Mais qui chasse qui ?
Vous aurez à nouveau peur de sortir la nuit...

 

 

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L'histoire commence dans les années 90. Quatre mômes. Tous au collège. Genre 11 - 12 ans, pas encore des grands, plus tout à fait des petits.

Roland. Qui vit en HLM, avec ses parents. La mère est mère au foyer, le père bosse mais se fait chier dans son job et dans sa vie, il boit pour oublier. Et à force de boire, il finit par oublier bien des choses. Mais pas de taper sur sa femme et de terroriser son fils.

André. L'opposé. Gosse de riches, ses parents sont hyper occupés, très peu présents, accaparés par leurs boulots. Pour compenser, ils achètent à leur gamin tout ce qu'il veut. Du coup le gamin en profite. Habillé toujours dernière mode, avec des fringues siglées au nom des meilleures marques, un vrai petit sapin de Noël, il suinte tellement l'argent que ça ne manque pas : il se fait repérer par des petites crapules du quartier, trois délinquants qui se font une joie de le racketter.

Michel. Entre les deux on va dire. Lui non plus ses parents ne sont pas très présents. Non pas que ce soient des parents indignes comme pour Roland ou des parents surbookés comme pour André. Non. Sandrine, la petite soeur de Michel, 4 ans, est très très malade, hospitalisée. Si elle ne reçoit pas un coeur très bientôt, peut-être qu'elle mourra...

Delphine. La fille de la bande. Parce qu'il faut bien qu'il y ait toujours une fille dans une bande! Ses parents sont des cathos psycho rigides. Très occupés et investis dans la vie de la paroisse, le père surtout. Et le père il ne badine pas avec l'éducation. Pas question de voir sa fille trainer les rues avec des garçons, encore moins question de la voir négliger un tant soit peu ses études. D'ailleurs, le père de Delphine, il n'a qu'un souhait, que leur fantastique voisin, un homme vraiment très très bien, pieux, éduqué et tout et tout, s'occupe de Delphine après les cours, pour lui faire réviser ses cours. Delphine est loin d'être emballée, car elle, elle le voit bien l'air lubrique de Bernard, elle le sent bien qu'en effet Bernard lui aussi aimerait bien "s'occuper" d'elle après les cours...

La vie passe, et un soir, après les cours, il y a comme un couac...

Le père de Roland ne se contente plus de frapper son épouse, il met une beigne à son fils également...

Les petits racketteurs ne se contentent plus de racketter, ils font un exemple, André se prend un coup de cutter à la main, rien de dramatique sur le point de vue vital, mais sur le point de vue psychologique...

Michel, seul comme bien souvent à la maison, reçoit un appel de ses parents. Sa petite soeur est dans le coma. Soit elle reçoit un coeur maintenant, soit elle meurt...

Et le père de Delphine lui a trouvé une occupation pour son retour des cours, comme lui et sa femme doivent s'absenter, il a trouvé un genre de baby sitter à sa fille. Ce cher Bernard va lui faire réviser ses leçons, chez lui. Delphine est atterrée. Bernard a l'air ravi...

 

En temps habituels, les trois amis ne se cotoient pas au collège, ils ne sont pas dans les mêmes classes, n'ont pas les mêmes horaires, alors ils se retrouvent au moins une fois par semaine dans ce qu'ils appellent leur "repaire". Un genre de mini grotte creusée sous un arbre. Un terrier immense. Ils s'y inventent une autre vie. Une vie où Roland qui plie sous la terreur de son père serait un chevalier solitaire, fort, courageux, venant à bout de tous les combats. Une vie où André serait un dragon. Une vie où Michel serait un grand sorcier façon Gandalf. Une vie où Delphine serait une princesse guerrière, toute en armure et chevauchant une licorne. Ce repaire c'est leur coin de rêve.

Ils viennent tous de subir un drame, ils ont besoin de reconfort. Sans se concerter le moins du monde, chacun s'échappe et file au repaire. Ils s'y retrouvent. Et là, un moment magique se produit, un grand moment de communion, il se passe quelque chose, ils le sentent....

Un cinquième invité apparait dans le repaire...

Dévoreuse.

Leur nouvelle copine pour la vie....

Dévoreuse a bien compris leurs soucis. En deux temps trois mouvements, elle les débarrasse de leurs problèmes.

Roland ne se prendra plus de beignes de son père.

André ne se fera plus racketter.

Delphine ne risquera plus de se faire violer par le voisin.

Quant à Michel, sa petite soeur vivra.

Happy Ends en rafale!!!

Champomy!!!

Oui... mais Dévoreuse, c'est pas un bisounours. S'agit pas de lui donner l'accolade en lui disant "rhoo Dévo! Tape m'en 5!!! Ca fait trop plaisir de te voir, merci hein!!". Dévoreuse, c'est un démon vengeur. Salariée du Mal. Il y a une petite facture à régler. Oh, trois fois rien... Et pour le paiement, Dévo, elle est arrangeante, elle veut bien échelonner dans le temps...