LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY

 

Oscar WILDE

 

 

dorian

 

 

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L'atelier était plein de l'odeur puissante des roses, et quand une légère brise d'été souffla parmi les arbres du jardin, il vint, par la porte ouverte, la senteur lourde des lilas et le parfum plus subtil des églantiers.


D'un coin du divan fait de sacs persans sur lequel il était étendu, fumant, selon sa coutume, d'innombrables cigarettes, lord Henry Wotton pouvait tout juste apercevoir le rayonnement des douces fleurs couleur de miel d'un aubour dont les tremblantes branches semblaient à peine pouvoir supporter le poids d'une aussi flamboyante splendeur; et, de temps à autre, les ombres fantastiques des oiseaux fuyants passaient sur les longs rideaux de tussor tendus devant la large fenêtre, produisant une sorte d'effet japonais momentané, le faisant penser à ces peintres de Tokyo à la figure de jade pallide, qui, par le moyen d'un art nécessairement immobile, tentent d'exprimer le sens de la vitesse et du mouvement. Le murmure monotone des abeilles cherchant leur chemin dans les longues herbes non fauchées ou voltigeant autour des poudreuses baies dorées d'un chèvrefeuille isolé faisait plus oppressant encore ce grand calme. Le sourd grondement de Londres semblait comme la note bourdonnante d'un orgue éloigné.

 

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J'ai lu Jules Verne après une visite au cimetière de la Madeleine à Amiens le 1er Novembre.

 

Aux alentours du 1er Novembre, il y a eu pléthore de reportages sur les cimetières parisiens, surtout le Père Lachaise. Où se trouve la tombe de Oscar Wilde. Et là, comme pour Verne, je me suis dit "pourquoi pas?"

 

Le plus connu des ouvrages de Wilde reste le Portrait de Dorian Gray. Je l'ai lu quand j'étais ado, et je me rappelle avoir bien aimé. Moi qui ai une mémoire courte, je me souvenais même des grandes lignes du bouquin, c'est vous dire si ça m'avait plu! Comme je ne connaissais pas Verne, j'ai lu Verne. Mais Wilde m'était resté en tête. Alors à peine les grandes aventures de Philéas terminées, hop hop hop, direction mes cartons de bouquins à la recherche de Dorian!!!

 

Que je n'ai pas trouvé. Soit que je l'ai donné à Emmaüs, soit que je ne l'ai jamais possédé et l'avais emprunté. Oh my god quel déchirement, ça veut dire que j'allais devoir le télécharger sur mon kindle????? Hi hi hi hi.....

 

Quelques clics plus tard, nous voici parti à lire du Wilde. Comme pour Philéas Fogg, le point de départ de l'histoire est Londres. Là s'arrête la similitude.

 

Niveau style, rien à voir. Niveau personnages, rien à voir. Niveau ambiance, rien à voir. Franchement, c'est supérieur! On a plaisir à lire ce bouquin. Même le héros, Dorian, qui est un fieffé petit con (restons polie) est attachant.

Le pitch vite fait, pour le cas où vous ne connaitriez pas (après tout, en en causant avec mon chéri, j'ai découvert que l'histoire lui était totalement inconnue. Bon, lui, faut dire que sa spécialité c'est le cinéma, pas franchement la lecture). Dorian est un tout jeune homme qui sert de modèle à un peintre, Basil Hallward. Il est sa muse. Basil adore le dessiner. Jusqu'au jour où il saute le pas et décide carrément de le peindre. Notre histoire commence donc dans l'atelier de Basil Hallward. Il papote avec son ami Henry, et de fil en aiguille, il en vient à parler de Dorian Gray, son modèle actuel. Il explique la fascination qu'il a pour le jeune homme. Henry est un homme bien moins romantique que Basil, nettement plus terre à terre. Et surtout un homme qui s'ennuie. Toute nouveauté est bienvenue, chaque nouveau sujet d'étude est bienvenu, car Henry adore sonder et cataloguer les personnes. Il demande à être présenté à Dorian. Basil refuse. Mais patatra, voilà que Dorian arrive. La rencontre entre Henry et Dorian a lieu. Et la fascination commence. D'un côté comme de l'autre. Dorian est jeune et son caractère est en cours de formation, il est avide de rencontres. Henry flaire l'éponge que peut devenir Dorian. Lequel des deux va finir par fasciner le plus l'autre?

Basil est témoin de cette nouvelle amitié. Il est jaloux, mais en prend son parti. Trop bon gars le Basil. Il termine son portrait. Il y a mis toute son âme, tout son art, toute sa passion. Le portrait est d'une fidélité absolument incroyable. Dorian, qui n'a pas mis longtemps à se retrouver sous l'influence de Henry (quelques minutes ont suffi) comprend de suite la vacuité de son existence. Il va changer, vieillir, se ratatiner, pendant que le portrait resterait à jamais d'une beauté et d'une fraicheur éblouissante. Ah, si seulement lui Dorian pouvait rester jeune à jamais, si seulement le portrait pouvait lui subir les outrages du temps et de la vie! Quel bonheur ce serait!

Il faut se méfier des voeux que l'on fait dans un moment passionné. Parfois, un ange ou un diable vous écoute et vous exauce.