MAMAN

 

Didier FEDOU

 

 

 

maman

 

 

« Laplace conduisait les fouilles, et Lefèvre se prêta obligeamment à l'exercice, guidant les policiers, ouvrant de lui-même portes et placards, répondant à toutes les questions de Laplace. Pas de cave. Pas de combles aménagés. Pas de puits. Pas de chambre secrète.


Bien que poli et coopératif, il arrivait à mettre Laplace mal à l'aise. Physiquement, il n'exprimait pas grand chose : bedonnant, les membres courts, une tête d'ahuri, la voix traînante. Mais ce regard, fixe et intense, qui ne déviait jamais, qui ne clignait pas de paupières. Le regard attentif d'un molosse observant sa proie avant d'attaquer. Figé. Inébranlable. Hypnotique.


Après une heure trente de recherches, l'affaire était réglée. Avec un agacement perceptible, Laplace donna l'ordre à ses hommes d'évacuer les lieux.


– Avec nos excuses, monsieur Lefèvre. Merci de votre patience.


– C'est tout naturel, madame. Vous faites votre travail, je comprends.


Il la raccompagna, lui tint même la porte. Une fois sur le trottoir, Laplace avisa Lucie et Renaud, derrière les barrières canalisant les passants curieux. Ils avaient l'air inquiets et la regardèrent venir en passant à une expression d'espoir.


– Alors ? fit Lucie.


– Rien. Aucun indice. Aucun signe, que dalle.


– Mais c'est lui, j'en suis sûre !


– Écoutez, on n'arrête pas les gens sur la foi de rêves. Il faut des preuves solides, et là, j'ai perdu mon temps, vous voyez ?


– Je vous jure que c'est lui, lieutenant.


– J'aimerais bien. Sincèrement. Ça me faciliterait la vie, mais je peux rien faire de plus. Pas de preuves, pas de coupables, c'est comme ça que ça fonctionne.


Lucie serra les dents, regarda par-dessus l'épaule de Laplace, la maison décrépie. Un rideau bougea à la fenêtre du salon. Un visage rond percé de deux points noirs apparut. Malgré la distance, Lucie sentit


Est ce qu'il sait ? Comment peut-il savoir ?


la brûlure de ce regard, toute la malveillance contenue, la même aujourd'hui que dans vingt ans, quand cet homme, trop soigneux et prudent pour s'inquiéter de la police, tuerait l'enfant qu'elle portait en elle. »



Enceinte et presque à terme, chaque nuit, Lucie rêve à un jeune homme qui se fait assassiner. Jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'il s'agit de visions médiumniques envoyées par son enfant...

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Courte nouvelle sortie en août 2015... Lue en septembre 2016... Oui, pour changer, je lis à vitesse grand V ce que je mets dans ma PAL. Encore heureux les auteurs n'attendent pas après moi pour faire leur promotion, ils crèveraient de faim les pauvres!

Donc, tiens, encore du Fédou. Oui, ben j'aime bien moi. Pis comme le bonhomme est prolifique, je sens que je n'ai pas fini d'en lire et vous d'en entendre parler.

Ma première impression quand j'ai commencé ma lecture, ça a été "put*** je le hais!" et "mais pourquoi je lis ça moi????". Je vous explique. L'héroïne de cette nouvelle est Lucie. Elle est enceinte de 8 mois, d'un petit garçon, est suivie par un vieux gynéco, le mec à l'ancienne qui vous casse une patte dès qu'il fait de l'humour. J'ai lu cette nouvelle le mois dernier : j'étais enceinte de 7 mois, d'un petit garçon, et je suis également suivie par un roi du rire avec qui il faut beaucoup d'humour pour supporter ses piques humoristiques... Vous la voyez la connection?

Bon, ensuite, contrairement à la Lucie, moi, je ne rêve pas qu'un mec du voisinage va tuer mon fils dans vingt ans, et qu'en attendant ce beau jour, s'entraîne en trucidant des femmes du quartier. Femmes du quartier qui sont effectivement retrouvées mortes - trucidées!- peu de temps après que Lucie ait rêvé d'elles... (bon, encore que niveau psychopathe, j'ai un voisin qui tire généralement une gueule qui ne donne pas envie d'aller lui faire une bise... hi hi hi.... pardon voisin!)

Bah, allez, c'est du Fédou hein? Je m'attendais à quoi aussi? A une histoire à l'eau de rose avec des petits coeurs partout?? Allons!! Je n'ai qu'à m'en prendre à moi même aussi. Sous prétexte que c'est du Fédou, en fait, reconnaissons-le, j'achète sans même lire le résumé, sans jeter un oeil à l'extrait non plus. Si j'étais moins quiche, je me renseignerais un minimum avant d'ouvrir un kindle de cet auteur...

Je ne vais pas vous raconter l'histoire, parce qu'entre le pitch et l'extrait donné par l'auteur, vous avez déjà bien assez de piste pour vous donner envie d'aller lire cette nouvelle.

Je ne vais pas vous parler du style Fédou. Ni de sa finition dans les détails (vocabulaire, relecture, absence de coquilles). A force de vous dire et vous redire que c'est du lourd, ça va, vous êtes blasés hein.

Alors, trois, deux, un :  lisez!!